Le léger manque de présence, dû à la petite taille des enceintes, qui ont la bonne idée de ne pas chercher à « faire semblant », ne prive en rien le plaisir d’écoute, même lors des forte presque surhumains d’Andrè Schuen dans Der Doppelgänger de Schubert. La voix du baryton, à la virilité douce et nuancée, remplit l’espace sans jamais devenir agressive, accompagnée d’un piano superbe, un peu en retrait, certes, mais toujours noble.
Cette impression de réalisme se prolonge dans La garde montante de Carmen dirigée par Sir Simon Rattle : la richesse des couleurs sonores est incroyable, les petites flûtes sont d’une précision exquise. La mise en scène sonore est parfaite : on perçoit distinctement l’avancée des enfants soldats au loin, et chaque voix dans le chœur est identifiable. L’échange malicieux entre les deux officiers semble se dérouler juste devant nous, avec une distance crédible entre eux.
Avec le violon d’Hilary Hahn interprétant Ysaÿe, on retrouve cette précision et cette lumière caractéristiques des petites TAD, enrichies ici d’une texture boisée qui rend l’écoute plus immersive. On note aussi une meilleure continuité entre les passages doux et puissants, sans atteindre la perfection absolue, mais avec une belle cohérence.
Un détour par le jazz ? Oui, mais pas du jazz sage : du costaud, du dense, avec South d’Eric Leeds, Rhonda Smith, John Blackwell, Renato Neto et Prince. Le groove reste un peu contenu, mais le swing impressionne par sa rigueur et son efficacité redoutable. La discrétion visuelle des petites TAD, sublimée par la puissance maîtrisée des AUDIA FLIGHT, rend hommage à la basse musclée de Lady Smith et aux percussions fougueuses de John Blackwell.