Ce système est construit autour du nouvel intégré TEKTRON de la série Heritage, le TK Two KT 170-PSE, qui comme son nom l’indique, utilise le tube Tungsol KT170, deux tubes en parallèle sur chaque canal pour une puissance disponible de 45 W, un beau bébé de 35 kg. La source est confiée au DAC / lecteur réseau ANGRSTÖM AUDIOLAB Zenith ZDA-71.
LES AT23 : DES COLONNES AU SON ORGANIQUE
La paire d’enceintes que nous avons choisies (après avoir écouté ces appareils avec les MANGER Z1) est l’ATLANTIS LAB AT23, colonne reprenant la base de la célèbre AT21, soit un 21 cm à haut rendement et un tweeter à compression chargé par un pavillon « Atmos » ; plus de volume bien sûr, et un HP supplémentaire, de diamètre inférieur mais résonnant bas, placé symétriquement à l’arrière de l’enceinte pour une descente en fréquences plus profonde. Un bon 95 dB de rendement facilite le travail de l’amplificateur.
Nous avions conclu l’essai en compagnie de l’enceinte MANGER sur une sonate d’Ysaÿe par Hillary Hahn qui nous avait enjoués par le piqué soyeux unique distillé par l’atypique transducteur MANGER et la combinaison complète.
En basculant vers l’AT23, le Jean-Baptiste Vuillaume de la virtuose américaine recule dans la pièce, plus timide (quand on connait la présence organique des ATLANTIS, c’est dire !) du fait de tirés d’archet moins incisifs, moins tendus et d’une troncature ombreuse des teintes, alors que, parallèlement et évidemment, il revêt une corpulence voluptueuse. Cette proposition est-elle plus facile d’accès ? Oui, probablement : la sensation d’une cordialité humaine mieux incarnée, plus épicurienne, ramène vers la tendance organique qui plaît tant aux amateurs de la marque.
LA TRANSPARENCE AU SERVICE DE LA VOLUBILITÉ
Francine Thirteen, en ce moment particulièrement appréciée parmi les magasins et salons Hi-Fi, nous fait voyager avec Black Maria, extrait de Psalm of Tiamat , pour changer un peu des graves de Queen Mary, et permet au TK Two KT170-PSE de montrer une nouvelle facette de ses multiples talents avec les AT23, où il expose, outre le chant hypnotique de l’artiste, une atmosphère vibrante, énigmatique et envoûtante, dans un vaste décor surnaturel. La rigueur de l’ampli est confirmée, ne laissant jamais l’infra dériver.
Plus viril mais pas moins sophistiqué, l’enchaînement Init / Forked Reality / As Alive As You Need Me to Be, extrait rock-indus de la BOF de Tron Ares (2025) forge autoritairement un univers de transes, nées de couleurs, charpentes, humus, effets de manches des maîtres du genre : Atticus Ross et Trent Reznor. Le système ne bascule jamais artificiellement dans l’excès un peu bestial qui pourrait ressortir de ces morceaux et accepte le léger flou de transparence des AT23, au profit cependant d’un punch stomacal et d’une implication immersive à peine gâchés par l’impression parfois d’entendre la charge des enceintes.
UN SYSTÈME ENTRE PUNCH STOMACAL ET RESPIRATION SIMPLE
L’ensemble en écoute restitue l’ampleur, la respiration calme et respectueuse insufflées par l’orgue de Saint Eustache sous les habiles mains et pieds de Jean Guillou, Récit de tierce en taille, Nicolas de Grigny ; le registre grave de la Grosse Tierce garde son quant à soi, naturellement connecté aux autres répertoires. Cette page sereine lue par le TEKTRON nous rappelle que, ce que nous devons percevoir d’un grand orgue est avant tout l’air pulsé dans des tuyaux de plomb, cuivre ou laiton : ni des sons de cordes grinçant dans la tessiture ténor, ni un grommellement bourbeux dans le bas.
Sur ce système, les Variations sur un Thème de Paganini de Lutoslawski sont alors bondissantes, ébouriffantes, drôles et inspirées. Huit minutes de bonheur, pas tant pour les timbres, décidément moins variés que sur les MANGER, on l’a compris, mais pour la façon qu’engendre la combinaison de nous prendre par la main pour une promenade joyeuse sans se poser de question, ni cacher que la Kammerorchester Wien-Berlin dirigé par Rainer Honeck s’amuse grandement à suivre la folie et la passion pianistiques de Denis Matsuev.
LE MOT DE LA FIN

Pour ceux qui recherchent la volubilité, l’entrain, la dynamique empreints d’une indéniable rigueur tonale, les trois éléments décrits ci-dessus composent une formule gagnante à long terme ! Or, du plaisir primitif à l’émotion sans orientation musicale clivante, le chemin est direct.
